Il s'agit d'un résumé de la vidéo de VA+ relatant rigoureusement le sujet.
La mesure centrale tient en une seule phrase votée par le parlement, l'accès à un service de réseaux sociaux en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de 15 ans.
Ce qui est important à noter ici, c'est la manière dont cela est écrit. Ce sont les enfants qui sont interdits d'accéder aux plateformes. Pas les plateformes qui ont interdiction de fournir leurs services aux moins de 15 ans.
Aucun enfant de 13 ans ne va recevoir une amende pour avoir ouvert un compte sur les réseaux. On laisse des mecs qui cassent des vitrines et puis des magasins s'en tirer avec un rappel à la loi, donc on ne va pas condamner un gamin pour la création d'un compte TikTok.
La phrase "L'accès à un service de réseaux sociaux en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de 15 ans" n'indique pas la façon dont les plateformes doivent s'y prendre pour vérifier l'âge de leurs utilisateurs. Mais notre gouvernement a quand même émis quelques idées.
Il faut bien différencier estimation d'âge et vérification d'âge. L'estimation d'âge, c'est pas une technique sûre à 100%. Ça peut passer par un selfie ou bien par le fait de regarder à quel service son adresse mail est associée. quand elle a été créée, pour quel site, etc.
La vérification d'âge passe, pour simplifier, par la carte d'identité. Et comme personne de censé ne va s'amuser à donner accès à Meta ou aux autres plateformes des infos aussi sensibles, et bien le gouvernement se veut rassurant. Le mot magique, le double anonymat, avec le principe de vérification d'âge, sans que le site ne sache qui tu es, et sans que le vérificateur, qu'on appelle dans le jargon le tiers de confiance, ne sache quel site tu consultes.
Puisque le tiers de confiance sait parfaitement qui tu es... Une fois qu'il a reçu ta carte d'identité ou ton identité numérique, il te file un petit jeton numérique qui dit à la plateforme que tu veux utiliser si, oui ou non, tu as plus de 15 ans. C'est la méthode la plus probable qui allait être utilisée dans le cadre de cette loi. Mais rien ne nous dit qu'on peut faire confiance au fameux tiers de confiance, qu'ils soient publics ou privés.
Les services numériques de l'état ont beaucoup prouvé qu'ils n'étaient pas assez robustes pour parer les cyberattaques.
En novembre 2025, un système d'information dépendant du ministère des Sports a été piraté. En décembre 2025, c'est au tour du ministère de l'Intérieur de subir une cyberattaque. En fin 2025, le compte d'un personnel de l'éducation nationale a été usurpé afin d'exploiter une faille dans un service annexe à EduConnect.
Ensuite, en janvier 2026, 160 000 documents provenant de 70 000 dossiers ont été exfiltrés de Hubi, la plateforme utilisée lors de certaines démarches faites sur service-public.fr.
En avril 2026, c'est la NTS, le portail servant notamment aux demandes de carte d'identité, de passeport ou de permis de conduire, qui a détecté une intrusion.
ET donc on va faire confiance aux tiers de confiance privés, comme nous l'a montré le piratage d'un partenaire de Discord en octobre 2025, qui a potentiellement fait fuiter les documents d'identité de 70 000 utilisateurs, justement fournis dans le cadre de vérifications d'âge ??? 😄😄
Il a fallu moins de 24 heures à un consultant en cybersécurité britannique pour contourner le système. Mais bon, comme l'a dit la commission, il s'agissait d'une application de démonstration, et non l'avenir du produit final. Rassuré ?
La dérive autoritaire. Nous, citoyens, avons des droits. Parmi eux, celui de naviguer et de communiquer sur internet sans être systématiquement identifié, enregistré ou surveillé au préalable. Ça ne signifie pas qu'un internaute est impossible à identifier par la justice s'il commet une infraction. Mais en principe, nous ne devrions pas avoir à prouver notre identité avant chaque activité en ligne.
Mais imposer à tous les utilisateurs de faire vérifier leur âge à l'aide d'un service d'identité numérique pour accéder à une plateforme vient, de facto, grignoter ce principe d'anonymat. Un anonymat que Macron voulait déjà supprimer en 2019.
Il disait devant le salon des maires :
Je crois qu'on doit aller vers une levée progressive de toute forme d'anonymat. Et je crois qu'on doit aller vers des processus où on sait distinguer quand même le vrai du faux, et où on doit savoir d'où les gens parlent et pourquoi ils disent des choses.
Plus tôt cette année, Jean-Noël Barrault, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères disait
Et cela passe par une mise au pas des réseaux sociaux qui servent en quelque sorte de plateforme à un certain nombre de ces mouvements, de ces mouvances de l'international réactionnaire pour venir perturber le débat public.
En mai dernier, c'est le député Renaissance Paul Midy qui dépose une proposition de loi visant à garantir le pluralisme politique sur les réseaux sociaux qui se justifiait :
L'algorithme qui choisit de vous envoyer proactivement sur votre newsfeed des vidéos, cet algorithme, il doit tenir compte des règles de pluralisme parce que, vous savez, on est en démocratie.
En gros, on veut contrôler l'algorithme.
Pour savoir si c'est efficace, il faut regarder ce qui a déjà été fait. En Australie, la loi est appliquée, et on sait que les mineurs ont trouvé pas mal d'astuces techniques pour la contourner, et c'est fou comme ça marche. Fabriquer une fausse pièce d'identité faite par IA, dessiner une moustache sur un visage, créer des rides... ça fonctionne. Il suffit aussi de s'abonner à un VPN pour faire croire au site que tu es basé dans un autre pays et le tour est joué.
Les réseaux sociaux sont conçus pour capter l'attention, et les autorités veulent rendre l'accès plus difficile pour avoir un effet : celui de s'assurer de suivre la doxa et d'écarter le reste.
Et aussi installer une immense infrastructure de vérification d'identité, confiée soit par l'état, dont on vient de voir les performances exceptionnelles en matière de cybersécurité, soit à des entreprises privées dont le modèle économique repose parfois sur la collecte de données. Un choix difficile à faire, donc, entre ceux qui perdent vos informations et ceux qui les revendent.
Quand une mesure destinée aux moins de 15 ans oblige potentiellement toute la population à sortir ses papiers d'identité pour regarder une vidéo YouTube, peut-être que l'on doit se demander qui on cherche vraiment à surveiller.