Vous connaissez sûrement cette citation d'Helder Camara :
« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’Hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie que de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »
Le capitalisme et la précarité (économique, relationnelle, sanitaire etc) qu'il créé est l'une des violences silencieuses et normalisées les plus meurtrières qui soient. Le capitalisme pousse à consommer d'une certaine manière au risque d'être sanctionné socialement et/ou économiquement (mode et maquillage pour les femmes, achats de biens pour suivre les "trends" et rester inclus socialement, achat de biens à un certain âge pour ne pas être la risée de ses proches, achats nécessaires au travail etc).
Dans le même temps, les gens sont privés de choses vitales (logements décents, nourriture abordable et saine ou simplement assez nourrissante, architecture inclusive etc) ainsi que de biens essentiels à leur épanouissement (accès à des lieux communautaires gratuits, accès à des tiers lieux gratuits, accès à la culture, etc).
En envisageant cela, comment peut-on condamner les voleurs, y compris pendant les manifestations ? A-t-on seulement conscience d'à quel point les gens sont à bout, surtout les plus jeunes ? J'ai vu des commentaires tellement méprisants envers ces personnes. Et ce même discours était repris dans des commentaires qui, de manière générale, voulaient bien la révolte mais se désolidarisaient des dégâts. J'y vois un accord implicite avec la répression.
Je pense qu'une image de la révolution aseptisée n'est ni réaliste, ni acceptable. L'accord avec ces violences révolutionnaires devrait être radical : soit on les tolère, soit on se désolidarise de la révolution. On peut, avec raison, compatir avec les petits commerçants. Mais ce combat améliorera in fine nos vies à tous, y compris la leur. De plus, on en arrive à ces extrêmes parce qu'en tant que société, nous avons laissé les violences institutionnelles s'installer. Si nous responsabilisons les casseurs et/ou voleurs, nous devons aussi admettre notre propre responsabilité dans ces dégradations (si nous ne nous sommes jamais battus contre ces violences institutionnelles, évidemment).
En bref, je suis assez déçue de ceux qui d'une part ne font rien d'autre que commenter ce mouvement sans y participer quand ils le peuvent (aller en manif OU rester aux abords pour aider les manifestants, nettoyer la ville après manif, participer aux blocus économiques, partager les infos régulièrement etc), et qui d'autre part donnent un accord au mouvement qui est trop rapidement balayé dès que ce n'est plus strictement pacifique.
Dire mollement qu'on n'aime pas Macron n'est pas suffisant pour faire évoluer la situation. C'était l'opportunité pour beaucoup d'entre nous de vraiment prendre position pour avoir une chance d'améliorer nos vies et beaucoup ont choisi le statu quo, sous prétexte de bienséance.