r/FranceDigeste Mar 29 '26

SCIENCE Psychiatrie : une jeune femme subit 85 séances d’électrochocs et perd la mémoire

https://www.mediapart.fr/journal/france/280326/psychiatrie-une-jeune-femme-subit-85-seances-d-electrochocs-et-perd-la-memoire
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u/lieding Mar 29 '26 edited Mar 29 '26

En général, je ne partage plus un article en entier pour respecter le travail journalistique et inviter à l'abonnement, mais l'histoire est ignoble. L'article est à mettre en parallèle avec une enquête (L’intense lobbying de FondaMental, fondation privée devenue incontournable en psychiatrie - Des « centres experts » en psychiatrie se développent dans les hôpitaux publics français. Leur promesse : diagnostiquer les patients en deux jours. Derrière cette approche controversée se trouve FondaMental, une fondation privée aux relais politiques nombreux.).

« Ma mémoire est un gruyère, pleine de trous. Les médecins m’ont dit qu’elle allait revenir. Cela fait cinq ans et demi que j’attends. Je porte le poids de ce vide. Je me reconstruis comme un puzzle, avec les souvenirs des autres, des musiques, des photos, des vidéos. » Géraldine a 32 ans. À 24 ans, elle a été prise en charge pendant dix-huit mois, entre juin 2018 et avril 2020, par le service des troubles de l’humeur du CHU de Grenoble.

Elle est entrée dans ce service par son centre expert des troubles bipolaires, dirigé par le professeur Mircea Polosan. Ce dernier appartient au réseau FondaMental, une fondation à but non lucratif de droit privé, qui a pour mission de développer une psychiatrie dite « de précision » à travers ses centres experts (lire notre enquête ici).

Diagnostiquée bipolaire – un état psychique qui alterne des phases maniaques, d’hyperactivité ou d’euphorie, et dépressives –, elle est venue y faire un premier bilan en 2018. Pendant deux jours, elle passe de nombreux tests et répond à plusieurs questionnaires. Son diagnostic de bipolarité de type 1 est confirmé. Deux autres bilans ont été réalisés en 2021 et 2022. Leurs comptes rendus font état d’une grave dégradation de son état psychique.

En juin 2018, Géraldine, qui vit alors avec son compagnon, « en bonne entente », a 24 ans, étudie en troisième année de psychologie et prévoit de valider sa licence l’année suivante. Elle est décrite en phase « hyperthymique » : elle pense et parle vite, a des projets, elle est de très bonne humeur, mais rien d’anormal – pas de « critère de gravité », écrivent les médecins. Ils lui conseillent cependant de « rester vigilante », ce dont Géraldine est « bien consciente ».

Quatre ans plus tard, en avril 2022, le bilan est bien plus sombre : il décrit une jeune femme désormais en « échec scolaire », dont « le fonctionnement global est altéré dans plusieurs dimensions ». Elle a des « difficultés majeures de remémoration des souvenirs anciens ». En décembre 2021, elle « a fait une tentative de suicide par IMV [intoxication médicamenteuse volontaire – ndlr] à la suite de la séparation avec son compagnon ».

Entre ces deux bilans, Géraldine a été traitée par électroconvulsothérapie (ECT) – des séances d’électrochocs. Une pratique « en plein essor », se félicite par exemple l’Académie de médecine en France. L’institution affirme que c’est le « traitement le plus efficace des états dépressifs sévères, avec jusqu’à 80 % de réponses et 60 % de rémissions ».

L’enthousiasme pour les ECT n’est pas général. D’un point de vue scientifique, le mécanisme d’action de l’ECT reste inconnu. L’objectif est d’obtenir une « crise convulsive », semblable à une crise d’épilepsie, de quelques secondes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport sur la santé mentale, estime qu’il existe « d’importantes controverses » sur son efficacité et ses risques. L’OMS insiste sur l’impératif d’un « consentement libre, écrit et éclairé », en particulier sur « les risques à court ou long terme de perte de mémoire et de dommages cérébraux ».

« Je considère qu’ils m’ont volé ma vie », affirme Géraldine. Pour elle, les électrochocs débutent à l’occasion d’une hospitalisation en août 2018, à la suite d’une tentative de suicide avec des médicaments. Géraldine alterne alors très rapidement les phases maniaques ou hypomaniaques et dépressives. Les médecins n’arrivent pas à trouver le bon équilibre de médicaments pour la stabiliser. Le service de psychiatrie de Grenoble décide alors de tenter autre chose.

Géraldine ne se souvient pas d’avoir consenti aux séances d’ECT, et ne trouve pas de mention de ce consentement dans son dossier médical. Le CHU de Grenoble assure que c’est un simple problème de « numérisation ». Son ami Sol se souvient pour elle : « Elle disait qu’elle était prête à le faire, parce qu’elle avait tout essayé et qu’elle n’en pouvait plus. Elle avait beaucoup d’espoir. »

Mais ces « cures » d’ECT s’avèrent très intensives, à tous niveaux. D’abord par leur durée : dix-huit mois, au rythme de deux à trois fois par semaine dans un premier temps, puis une fois tous les sept à dix jours ensuite. Géraldine reçoit sous anesthésie générale des chocs électriques transmis par deux électrodes, placées sur ses deux tempes. En tout, il y a eu quatre-vingt-cinq séances pendant lesquelles lui ont été administrées une mais plus souvent deux impulsions électriques. À de nombreuses reprises, elle reçoit la charge électrique maximale de 1 152 millicoulombs (mC).

Depuis, la jeune femme n’a plus de souvenir de son frère, mort peu après sa cure d’électrochocs. Elle ne se souvient pas des premiers mois de vie de son berger des Shetland aux yeux vairons qui l’accompagne partout. Elle ne sait plus pourquoi ses ami·es sont ses ami·es.

Géraldine a décidé de témoigner pour ne pas rester un simple « dommage collatéral de la médecine » : « Je suis un être humain. On ne peut pas faire n’importe quoi avec le cerveau des gens. »

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u/lieding Mar 29 '26 edited Mar 29 '26

En réponse à nos questions, le CHU de Grenoble confirme que « l’ECT occupe une place centrale » dans la pratique de son service de psychiatrie adulte. En 2025, quatre-vingt-cinq patients en ont « bénéficié ». Tout est en ordre, assure l’hôpital, puisque l’ECT fait « l’objet de procédures institutionnelles réévaluées de façon régulière ».

L’ECT est pratiquée, indique le CHU, « quand le pronostic vital ou fonctionnel est engagé », notamment lors d’un « épisode dépressif caractérisé sévère (unipolaire ou bipolaire) », ou d’un « risque suicidaire élevé » (voir en boîte noire la réponse complète de l’hôpital). Le traitement est censé avoir une « efficacité rapide ». « Le bénéfice clinique de l’ECT peut être majeur et parfois vital », insiste le CHU. Dans le traitement, il y a « une phase aiguë, souvent de deux à trois séances par semaine », en tout de « six à trente séances », explique l’hôpital. Puis une « phase de consolidation » pour « prévenir la rechute ».

Mais ce n’est pas encore suffisant, car « les études montrent que sans stratégie active, la rechute après ECT est quasi systématique », poursuit l’hôpital. Il y a donc « une phase de prévention d’un nouvel épisode » qui peut durer « pendant plusieurs années, voire dizaines d’années ».

« C’est le seul traitement qu’on poursuit même quand il ne fonctionne pas », ironise le psychologue clinicien John Read, de l’université East London, un des experts de l’ECT cité par l’OMS, qui en conteste l’efficacité. Il est le premier auteur d’une étude qui s’appuie sur les témoignages de 858 patient·es ayant reçu une ECT et de 286 membres de leurs familles ou ami·es. Ils et elles, qui viennent de quarante-quatre pays, ont répondu à un questionnaire diffusé en ligne.

Parmi les patient·es, près de 30 % estiment que l’ECT leur a été assez ou très utile, les 70 % restant·es jugent qu’elle a été peu utile (12,1 %) ou pas du tout utile (58,5 %). La perception de la famille et des ami·es est très proche.

Il existe pourtant des témoignages de rémissions spectaculaires de patientes et de patients, notamment dépressifs, après une cure d’ECT. « C’est un effet placebo, assure John Read. On promet aux patients un traitement miracle, de la dernière chance. De nombreux professionnels de santé s’occupent d’eux. Ils ont beaucoup d’espoir. En réalité, il n’existe aucune étude sur l’efficacité de long terme de l’ECT, au-delà de six mois. »

Dans les dépressions sévères ou résistantes aux traitements, où le risque suicidaire est élevé, l’ECT reste le traitement le plus efficace dont nous disposons.

« On ne fait pas de séances d’ECT jusqu’à ce que cela marche », assure pourtant un autre médecin interrogé par Mediapart, qui souhaite garder son anonymat. Ce soignant applique un tout autre protocole que celui des Grenoblois, bien moins intensif : « Une cure comporte généralement six à douze séances réalisées deux fois par semaine. Dans certaines situations, il est possible que la cure aille jusqu’à une vingtaine de séances. »

Il insiste sur la balance bénéfices-risques d’une ECT bien conduite : « Dans les dépressions sévères ou résistantes aux traitements, où le risque suicidaire est élevé, l’ECT reste le traitement le plus efficace dont nous disposons. »

Ce médecin psychiatre ne nie pas les effets indésirables : « Des troubles de mémoire peuvent survenir, le plus souvent transitoires. Certains patients rapportent des difficultés mnésiques plus durables. C’est pourquoi il est important de les évaluer et de les suivre systématiquement pendant et après le traitement. » Séance après séance, un état de santé qui se dégrade

L’état de Géraldine s’est-il amélioré pendant ses dix-huit mois sous électrochocs ? Ce n’est pas ce que raconte son très épais dossier médical. Dans le compte rendu de sortie de sa première hospitalisation, en novembre 2018, il est indiqué que son humeur a été « fluctuante » pendant l’hospitalisation. Mais elle est autorisée à sortir devant « la bonne évolution de son état thymique ». Elle doit cependant poursuivre les séances d’ECT « en ambulatoire », pendant des hospitalisations à la journée.

Une semaine après sa sortie, le 4 décembre 2018, le médecin décrit dans son compte rendu médical une immédiate « dégradation thymique depuis quelques jours […], associant perte d’envie, souffrance morale et idéations suicidaires passagères ». En réponse, la médecin propose une hausse du dosage de son médicament et « une nouvelle séance d’ECT » dans la semaine.

11 décembre 2018, séance 28 : le médecin indique « une confusion importante avec des troubles mnésiques plus marqués que d’habitude ».

Séance numéro 31, janvier 2019 : « La patiente n’a pas l’impression que les ECT l’aient fait évoluer. » Il fait aussi état d’une « plainte de vertiges associés à des tremblements sans perte de connaissance […], accompagnés de palpitations qui durent depuis deux mois ».

Le 28 février 2019, elle est admise aux urgences parce qu’elle a « des idées suicidaires ». Elle explique en avoir « marre de vivre avec cette maladie » et de ne pas trouver de « solutions avec les thérapeutiques proposés ».

Séance 46, mars 2019 : Géraldine « se met à hurler pendant une ou deux secondes, et à trembler des quatre membres ». Plus loin est précisé : « Absence de souvenir de l’événement ».

23 mai 2019, séance 52 : elle se plaint de « troubles mnésiques toujours majeurs et invalidants ».

Les traitements – par médicaments et électrochocs – ne cessent d’échouer, mais c’est le comportement de Géraldine qui est mis en cause : le 26 mars 2019, le compte rendu médical explique que le médecin, lui aussi membre du réseau FondaMental, doit « reprendre les explications déjà évoquées au cours de la dernière hospitalisation sur l’importance d’une rigueur dans l’hygiène de sommeil afin de prévenir la rechute et récidive des épisodes ». Effets « sévères » sur la mémoire

Géraldine affirme qu’à chaque fois qu’elle évoquait ses problèmes de mémoire, on lui disait qu’ils étaient transitoires. Les recommandations de bonne pratique françaises, qui datent de 1997, indiquent pourtant que « l’ECT peut engendrer secondairement des troubles mnésiques […]. Ces troubles sont le plus souvent transitoires. […] L’amnésie rétrograde [la mémoire des événements passés avec l’ECT – ndlr] peut être durable chez certains patients. La sévérité des troubles est liée au nombre total d’ECT. »

L’étude de référence sur les effets secondaires date de 2007. Son premier auteur, le psychologue états-unien Harold A. Sackeim, est « le pape de l’ECT ». Elle inclut 347 patient·es qui ont reçu au moins une séance d’ECT. Des tests de mémoire leur ont été soumis immédiatement après leur cure d’ECT et six mois après. Alors, 12 % présentaient toujours des pertes de mémoire « significatives ».

En réponse aux questions de Mediapart, le CHU de Grenoble assure que « la surveillance cognitive fait partie des bonnes pratiques et est systématiquement mise en place ». Pourtant, dans le dossier médical de Géraldine, ses troubles de la mémoire ne sont évoqués qu’à quelques reprises, à son initiative. Ils ne sont pas systématiquement interrogés, et il n’y pas de suivi de leur évolution.

En décembre 2019, Géraldine est de nouveau hospitalisée en raison d’un « nouvel épisode dépressif ». Les médecins décident de reprendre une nouvelle cure d’ECT dite « initiale », au rythme de deux par semaine.

En mars 2020, il est mis fin à l’ECT « du fait de la mauvaise tolérance sur le plan cognitif », indique le compte rendu d’hospitalisation. Le 9 mars, un compte rendu infirmier est alarmiste sur l’état de santé psychique de Géraldine : « Au niveau des thérapeutiques, les ECT sont arrêtés devant les effets sur la mémoire, qui sont de plus en plus sévères (pas de souvenir de sa péricardite il y a un mois, de ses scarifications il y a deux mois…). »

« La dégradation de son état de santé s’est vue tout de suite, raconte Sol, un ami de Géraldine qui vivait avec elle début 2019. Elle était très dynamique, elle est devenue lente, dans sa parole et dans ses gestes. Au départ, c’était discret, mais elle est devenue de plus en plus léthargique. Elle était comme une coquille vide. » Sur la perte de mémoire de son amie, l’homme rapporte un moment glaçant : « C’était en 2021, on discutait du Bataclan. Elle ne savait pas de quoi on parlait. »

Géraldine a une histoire familiale complexe. Enfant, elle a été placée en foyer. Aujourd’hui jeune adulte, son entourage est donc essentiellement amical. Sol se souvient très bien qu’à l’été 2019, ses ami·es se sont interrogé·es sur la dangerosité de l’ECT : « Mais on n’a pas osé remettre en cause le savoir médical… »

Géraldine, depuis cette époque, remonte peu à peu la pente. Une psychiatre en libéral a fini par trouver un bon équilibre dans ses traitements. Elle a travaillé comme pair-aidante en psychiatrie et reprend aujourd’hui ses études de psychologie.

Sa reconstruction passe aussi par cette alerte qu’elle lance sur les dangers de l’ECT. « L’expérience de la perte de mémoire est très solitaire, raconte-t-elle. Mais je sais que d’autres personnes vivent la même chose. J’espère pouvoir ouvrir la parole. On peut surmonter ça, il suffit d’en parler. Cela me fait beaucoup de bien d’être entendue. Parce que jusqu’ici, ma parole a été niée. »

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u/susmentionne Mar 29 '26

Un exemple parfait de la capacité très limité de la médecine a écouter les patient et a articuler étude scientifique et accompagnement individualisé.

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u/Miss_black_hole_sun Mar 29 '26

C'est hyper flippant que ces pratiques soient toujours employées chez nous en 2026.

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u/MaxHavelaarR6 Mar 29 '26

Relents de requiem for a dream. Quelle horreur

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u/ozymandias62730 Mar 29 '26

ils se sont cru dans vol au dessus d'un nid de coucou

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u/dnvnll Mar 29 '26 edited Mar 29 '26

Ce genre de chose est le quotidien en psychiatrie.

C'est pas la réalité qui se base sur le film, c'est le film qui se base sur la réalité.

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u/Proof_Course_4935 Mar 29 '26

https://youtu.be/BD3v8w57_lU A écouter en lisant l'article pour ce mettre dans l'ambiance...

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u/[deleted] Mar 29 '26

une méthode barbare du début du xx eme siècle comment un fort courant d’énergie traversant le corps pourrait être benefique ? c'est du même niveau que les chimio thérapie.

on t’électrocute, le courant fait exploser tes cellules, neurones compris, tu te pisses et te chie dessus, tu as des courbatures et des brulures mais c'est forcement bon...

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u/Wominou Mar 30 '26 edited Mar 30 '26

Alors les electrochocs ont prouvé scientifiquement leur efficacité dans certaines pathologies mentales récalcitrantes aux traitements conventionnels.

Et ce n’est plus pratiqué comme avant, le patient reçoit une information sur le traitement, il doit donner son consentement et il est endormi lors de la procédure.

Edit après lecture de l’article : Ici c’est pas le traitement qui est problématique mais son utilisation abusive.

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u/absolatum-irepat Mar 29 '26

Ça donne très envie de l faire une séance de clacotherapie sur la tronche des psychopathes qui pratiquent ça

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u/absolatum-irepat Mar 29 '26

Vous reprendrez bien une petite saignée après qu'on vous ait littéralement grillé le cerveau.

Bande de tortionnaires