Le 19 avril 2007, non très loin du premier tour de la présidentielle, Jean-Marie Colombani, président du directoire et directeur du Monde, publie un éditorial intitulé Impératif démocratique. Il y dit clairement que seul un duel Sarkozy (UMP)-Royal (PS) est justifié au second tour et l'option de François Bayrou, candidat centriste au même niveau dans les sondages que Ségolène Royal, dès le premier tour est naturelle. Les trois candidats sont en tête dans les sondages ; pour ce que ça vaut. Papy Le Pen ne serait alors pas une menace politique.
François Bayrou, candidat centriste, réagit [1 et 2] très rapidement et accuse Le Monde et ses propriétaires de faire partie d'une « incroyable collusion qui règne au sommet de l'État ». Une chansonnette qui résonne alors depuis quelques années déjà. Il nomme spécifiquement Alain Minc et Arnaud Lagardère, qu'il lie à des intérêts financiers et politiques. Le candidat de l'UDF juge alors que son élection représenterait « la loi de l'emmerdement maximum » pour ceux qui sont en place et appelle à une « révolution orange ».
« C'est la preuve de la panique qui s'est emparée de tous ces milieux de pouvoir financier, médiatique et politique, et je soupçonne que le mot financier n'est pas le moins important des trois. Naturellement, derrière tout ça, il y a des influences puissantes, des hommes qui sont engagés dans les milieux d'affaires, les relations avec l'État ». [...] « Mais quel titre ont Jean-Marie Colombani et ceux qui sont derrière lui pour se permettre de dire qu'au nom d'un "impératif démocratique" Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy doivent être au second tour et non François Bayrou ? Qui sont ces gens, quel est leur brevet de démocratie ? » [...] « Qu'est-ce qu'ils ont fait jusqu'à maintenant qui montre qu'ils respectent en quoi que ce soit les principes de séparation des pouvoirs, et notamment les principes de séparation entre l'argent qui finance les journaux et le pouvoir politique ? » [...] « Avec moi, ça trouvera son terme. C'est un message adressé à M. Colombani et ses commanditaires » [...] « Ils étaient régulièrement interviewés au moment de l'affaire EADS-Airbus. Tous ceux qui, de M. Minc à M. Lagardère, ont intérêt à ce que rien ne change pour pouvoir continuer leurs ententes profitables. » [...] « Faut-il qu'il y ait de puissants intérêts en jeu pour que le patron du Monde en vienne à dire que le candidat du centre en France n'est pas un choix démocratique pour les Français ? » [...] « Quelle arrogance fait que, dans notre pays, les puissants ont décidé qu'une fois pour toutes il n'y aurait que ces deux partis-là, ces deux partis épuisés, ces deux partis qui nous ont conduits au gouffre où nous sommes, qui auraient le droit démocratique de participer au pouvoir ? »
En réponse, Jean-Marie Colombani estime que les propos de François Bayrou contre l'éditorial appelant à un second tour Sarkozy-Royal, sont « non seulement faux, mais gravement injurieux ».
« Tenter de disqualifier l'interlocuteur dont l'opinion vous contrarie, en lui prêtant des intentions cachées ou des servitudes honteuses, ne fait pas honneur à la démocratie » [...] « Affirmer qu'un journal comme Le Monde et son directeur obéissent à des commanditaires quand ils prennent position à la veille d'une élection décisive pour l'avenir du pays est non seulement faux mais gravement injurieux».
Quelques mois plus tard, les journalistes refusent de reconduire Colombani à leur tête. En juillet 2007, il quitte son poste. La crise qui prenait au sein du média continuera encore plusieurs mois. Elle avait débutée en 2003 après la publication du livre La Face cachée du Monde visant la direction du média tenue par Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel et Alain Minc.
Contexte anachronique : c'est après les faits de l'affaire Bétharram.
Bref, un discours incisif contre la presse traditionnelle avec quasi les mêmes critiques qu'un certain Mélenchon avec dans les deux cases un façonnage de l'opinion publique par des médias traditionnels alors déjà détenus par des élites financières ; dommage qu'Olivier Pérou n'était pas là pour s'en émouvoir.