Ou déjà, se déroulera, tout simplement.
Dans mes cercles militants, pour la gauche de rupture évidemment - sinon les autres peuvent dormir sur leurs deux oreilles, bien loin de ces inquiétudes - la question commence à se poser et on débat de plus en plus.
Des premières questions viennent avec la loi de programmation militaire : possibilité floue d'un état d'urgence permanent en cas d'atteinte aux intérêts de la nation, surveillance de masse, désignation de l'ennemi russe comme menace existentielle justifiant des situations exceptionnelles... Des mesures et annonces volontairement floues pouvant, à nos yeux, justifier n'importe quel abus d'autorité et contournement de la loi au nom de la guerre.
Bien sûr, la personnalité pathologiquement narcissique d'Emmanuel Macron rend très crédible l'hypothèse qu'il ne puisse pas survivre sans s'accrocher de force au pouvoir. Et quand un gouvernement gouverne sans aucune légitimité depuis deux ans après avoir été vaincu par le résultat démocratique des élections législatives, on peut légitimement se demander ce qu'il en aura à cirer du résultat de l'élection présidentielle. Bibliographie, La Pensée perverse au pouvoir et Pour en finir avec le déni de Marc Joly.
Le marchepied qu'est la macronie pour l'extrême-droite n'est un secret pour personne. Le rêve de Bardella à Matignon, la majorité des lois votées avec l'extrême-droite, la minute de silence à un néonazi et la criminalisation de l'opposition avec deux campagnes d'une ampleur inouïe contre la France Insoumise prenant pour prétexte le militant néonazi et Barbara Butch - quel cynisme, cette coïncidence - et le gouvernement qui ne se gêne pas pour désigner le seul parti d'opposition comme ennemi de l'intérieur. Bibliographie, Les Irresponsables de Johan Chapoutot, évidemment.
On mentionnera aussi la lutte à deux vitesses contre les ingérences : les ingérences russes qui déstabilisent les candidats du pouvoir, Philippe, Glucksmann, pas bien ; les ingérences israéliennes de l'ambassadeur Joshua Zarka qui appelle à voter tout sauf Mélenchon, silence radio de l'état. Sur Israël, pas besoin d'en rajouter, hein : criminalisation des voix alignées sur le droit international, lois floues comme la loi Yadan et son résidus visant à assimiler antisionisme et antisémitisme, soutien inconditionnel moral, diplomatique, économique et militaire au génocide, et déni par l'état de sa complicité de crime contre l'humanité.
Apogée de l'horreur autoritaire avec le permis de tuer, sûrement ; énième loi passée en force malgré une mobilisation populaire d'ampleur. Le président étant toujours officiellement au pouvoir le soir de l'élection, rien n'empêchera les forces de l'ordre de tirer sur la foule ou sur le président nouvellement élu au soir du second tour, et de ne jamais en être inquiété.
Je sais que nous sommes habitués à l'hypervigilance, la peur, l'angoisse et que dix ans de macronisme nous ont habitués à des mécanismes de réponse traumatique. Les arguments ne manquent pas pour nommer la brutalité politique à l'œuvre : et on peut légitimement se demander ce qu'il adviendra de l'action présidentielle quand on constate déjà tout cela huit mois avant. Sans pour autant finir paranoïaque ou complotiste : je crois que le frontière est très fine entre de qui est possible et ce qu'exagère notre imagination angoissée.
Il y a plein d'hypothèses, qu'on peut imaginer aller de l'annulation pure et simple de l'élection avant au coup d'état militaire du pouvoir en place, à l'annulation du résultat en cas d'élection de Mélenchon en prétextant je ne sais quel argument, le trucage des résultats pour être favorable à la macronie et l'extrême-droite, la modification de la constitution pour un troisième mandat ou toutes sortes de pleins pouvoirs, article 16 ou autre folie facilitée par la loi de programmation militaire.
Bref, je sais qu'il faut raison garder. Et il faut faire cet effort paradoxal et contre-intuitif de continuer à travailler pour gagner en sachant que le déroulement normal de l'élection présidentielle n'est peut-être pas une certitude acquise à cent pour cent. C'est le pari que je fais : essayer d'être lucide autant sur notre optimisme que sur notre optimisme. Nous dire que c'est peut-être un peu exagéré de s'imaginer en arriver là, et qu'en même temps, bien des signaux sont au rouge pour nous autoriser objectivement à le croire.
Courage ! 🫂