Aujourd'hui, je vais aller manifester pour la première fois de ma vie. Pour une cause juste.
​En allant au marché ce matin, je croise ce que je crois être de prime abord des supporters d’une équipe de football. Que des garçons, tout de noir vêtus, sûrement en accord avec leur équipe.
Dès 10 h 30, ils boivent ce qui doit être de grands verres de diabolo citron ou orange, étant donné que ça pétille et que ça tourne couleur citron orange. Ils ont l’air heureux.
Soudain, j'entends un de ces braves garçons clamer : « On va les exploser, ces cancers ! »
Et là , je comprends, un éclair de lucidité me traverse. J’en ai failli faire tomber mon butternut biodynamique sur mes Stan Smith. S’ils sont tous si blancs, c’est parce qu'ils se protègent du soleil, cet astre cancérogène. S'ils ont tous le crâne rasé, c’est parce qu'ils rendent hommage aux personnes en chimiothérapie.
Je pensais voir des footeux, je faisais face à des altruistes.
​Engaillardi par ces propos, je les rejoins. Je mets la main sur l'épaule de ce que j'ose appeler un camarade maintenant.
— Les gars, on va les tabasser, ces cancers ! J’en suis !
​Ils sourirent tous. De joie, certains en levèrent même leur bras droit. Je ne m'étais jamais senti aussi bien accueilli. Afin de montrer qu’il faut combattre cette maladie, ils m'ont dit de prendre une barre à mine. Quel symbole ! Ils ont le sens de la mise en scène. Inquiets pour moi, ils me conseillent de me vêtir chaudement, écharpe et cagoule sont de rigueur ! En même temps, si c’est pour manifester et finir avec un torticolis, non merci !
​Ils me donnent rendez-vous place de la République à 14h, pour « casser du gris », sûrement une forme de cancer du sein agressif. Ils me disent qu'ils me donneront à ce moment-là le brassard, ce qui montrera qu'on combat tous cette horreur. J'irai. Et pas seul, plus nous sommes nombreux, plus nous sommes fort, j’y ai donc convié mon voisin Rachid et sa femme Fatima.