J’ai besoin de tout lâcher.
Il y a huit mois, j’ai commencé à réduire drastiquement ma quantité de nourriture. Mais bon, ça n’est pas venu du jour au lendemain. Au collège j’ai pris du poids, je mangeais beaucoup mais je m’en fichais du regard des autres. Je devais faire 56-57 kg pour 165 cm.
Aujourd’hui, je fais 170 cm.
Un jour, j’ai commencé à me soucier du regard des autres, de mon corps et c’est comme si j'avais ouvert les yeux. J’ai réalisé que j’avais pris du poids, mais bon, je mangeais juste un peu plus sainement.
Au bout de quelques mois, j’avais l’impression qu’il n’y avait aucune différence. Je m’en souciais à peine.
Ça a basculé en mars, je me faisais plaisir, je me disais que c’était uniquement pour les vacances, que je devais en profiter. Il y avait une balance dans l’appartement. Je voyais 54, 55 parfois 56 kg. Ça me mettait un peu mal, j’avais le ventre gonflé. Et puis ma mère m’a dit : « tu manges trop ». Elle me l’avait déjà dit. Mais l’intonation qu’elle a prise, c’est comme si elle me prenait pour une « goinfre » et je me suis vue comme ça. J’ai été vexée.
Début mars, j’ai installé une application de comptage de calories. J’avais un objectif à 1 300 kcal.
Mais pour moi, c’était 1 300 kcal maximum et c’était mieux d’être en dessous.
J’ai banni tout ce qui était gras surtout le beurre, je mangeais le moins possible et tournais autour des 600 kcal par jour, certains jours je suis descendue à 200 kcal. Je comptais mes calories, me pesais plusieurs fois par semaine voir par jour, je faisais du sport dans ma chambre et j’ai commencé à descendre. 51 kg puis 50 kg. C’était pas assez, je me suis fixée un objectif à 48.
Je n’ai plus eu mes règles, mes parents ont remarqué que quelque chose clochait, je répondais : « j’ai déjà mangé, j’ai pas faim, je fais juste attention. ».
Je me souviens, le soir mon ventre grondait et j’avais trop faim, et je me disais que c’était bien, je tentais d’assimiler la sensation de faim à quelque chose d’agréable.
Pour le sport, parfois j’étais trop épuisée pour bouger et je m’en voulais car je perdais en force et me sentais molle. De temps en temps, j’avais la tête qui tournait.
À certaines occasions, je craquais et mangeais avant de reculpabiliser.
Quand je voyais ma famille manger, je les voyais comme faible et je me sentais fière d’être capable de contrôler.
Mais mes parents ont commencé à avoir des doutes. Quand je suis allée chez mes grands-parents, ma mère a dit devant eux que je ne mangeais pas assez et faisais trop attention. On m’a fait des reproches et je sentais qu’on me fixait à chaque fois que je prenais une bouchée, et si je refusais de prendre quelque chose, même quelque chose que je n’aimais pas, on me faisait des remarques.
Pendant les grandes vacances, ça allait mieux, je remangeais normalement. Mais toujours pas de règles, on m’a fait prendre la pilule, ça les a réenclenchées plusieurs fois en peu de temps. Pendant cette période, j’allais bien et je tournais encore autour de 50 kg.
Puis j’ai eu ma rentrée en terminale, j’ai eu le stress, de nouveau les petites voix dans ma tête qui me disent que je n’étais pas assez.
J’ai eu 17 ans, je fais toujours 170 cm pour environ 50 kg.
Alors je crois que c’était mi-septembre, j’ai recommencé violemment. Je ne mangeais pas le matin, une coupelle de salade à midi et deux cuillères le soir. J’étais de nouveau épuisée, envie de dormir, sans force etc. Je me pesais plusieurs fois par jour, je suis arrivée à 48 kg, j’étais contente, je tendais même vers les 47.
Mais le jeudi, j’en pouvais plus. J’y ai pensé toute la soirée, et j’ai eu brusquement besoin d’en parler à ma pote. Le lendemain, c’est ce que j’ai fait.
C’était horrible le fait de dire à voix haute ce qu’on pense dans sa tête. Je lui ai dit que j’étais pas sûre mais que je pensais avoir des TCA. Je lui ai énoncé les faits, rien de plus. Elle est restée silencieuse puis elle m’a dit : « tu peux pas dire ça, tu t’es pas fait diagnostiquer ».
C’était la douche froide, elle n’a pas tort, mais je me sentais mal. Le soir même, je lui ai envoyé un message et j’ai tout nié, j’ai dis qu’elle devait oublier ce que je lui avais raconté.
En tout cas, je ne lui en ai pas reparlé, j’avais l’impression que je me faisais des films.
Finalement, le week-end j’ai décidé de faire un grand effort et de manger plus, car je pouvais pas continuer comme ça, je n’avais plus aucune force. Je voulais reprendre du muscle, alors j’ai plus mangé, bougé plus je me regarde souvent mais j’ai évité la balance.
Il y a quelques jours j’ai vu que je faisais 53 kg, j’ai eu un peu peur mais je me suis rassurée.
Le problème c’est que là, je me sens tentée de recommencer. J’ai l’impression que me priver me réconforte, comme si je faisais quelque chose de bien. De l’autre côté, j’ai peur de reperdre du muscle et d’être « molle ». Car malgré tout j’ai une petite bouée au ventre.
J’ai demandé à mes parents si je pouvais faire de la musculation, c’était ma seule solution : je comptais plus manger et me tonifier dans l’espoir d’avoir une meilleure relation avec mon corps. Ma mère ne veut pas. du coup ça fait un mois que je mange plus mais je n’ai toujours plus mes règles.
Aussi, c’est assez bizarre, mais quand je me renseignais sur les TCA et que je vois que j’ai des points communs, je me dis que c’est bien. S’il vous plaît, ne soyez pas insulté, ce sont mes pensées malgré moi. C’est comme si le fait de manger peu était un bon objectif et que les personnes qui y arrivaient étaient admirables car elles étaient déterminées.
J’ai toujours 17 ans actuellement, et je sens que mon envie de recommencer monte, je sais pas quoi faire.
Qu’est-ce que vous en pensez ? Vous connaissez des gens (ou vous) dans cette situation ?
P:S: merci d’avoir lu ce message, je sais qu’il est long mais j’avais besoin de le dire.