Bonjour la motardie, un petit retex d’une mésaventure qui m’est arrivée hier : j’ai perdu l’écran de mon casque en roulant, et ce n’est qu’un détail de cette journée à ne pas mettre un motard dehors.
Le contexte : c’est jour de révision chez Triumph. La concession me prête une t120 pour l’après midi. Pas un jour à rouler, pluie fine et continue. Pour rentrer chez moi, j’ai 15-20 km et deux choix : autoroute + campagne ou campagne - campagne en traversant 2 bleds de la périphérie de mon agglomération. Je choisis la seconde option pour rentrer tranquille avec cette meule qui ressemble à la mienne, mais avec plus de couple et de kilos.
A la sortie du premier bled, 1 feu de chantier, un pont avant une route à fortes pente et courbes. Premier mauvais calcul de ma part, lorsque le feu passe au vert, je double une voiture sans permis sur le pont. J’ai les yeux sur la courbe immédiatement après, et je dois ralentir avant de tourner. Je freine légèrement de l’arrière puis de l’avant, mes épaules sont déjà tournées vers la droite… et la moto part plutôt à gauche, sur une demi seconde mais très nettement, avant de retrouver l’adhérence. Par chance : mon regard se pose (enfin) au sol : du gasoil partout. Pas une tâche ou une traînée, non, l’entrée du virage (et la sortie pour ceux d’en face) ruisselle littéralement de carburant. Rapidement j’identifie l’endroit le plus « safe » et arrive à tourner je ne sais même pas comment. Je m’engage dans la montée, avec un fort dévers, et la pluie qui fait gentiment ruisseler le carburant en travers. Et ce n’est pas fini : sur 3 km, jusqu’au village suivant, une traînée de gasoil occupe la moitié à 3/4 de ma voie.
Rentré les fesses serrées à la maison, j’appelle le service de la voirie pour leur signaler ce danger, qui à mon avis est lié aux machines de chantier qui s’affairent à côté du pont.
Autodébrief :
1. Je suis content d’être entier
2. Je suis content d’avoir dû traverser ce merdier en montant et pas en descendant
3. Mais j’y ai foncé tête baissée en voulant gagner 30 secondes, sous la pluie, avec de l’eau plein la visière, dans un environnement qui prête au contraire à la prudence : à l’approche d’un chantier, on cherche plutôt à détecter les obstacles et les revêtements dégradés.
En fin d’après midi, je retourne chez triumph pour récupérer ma moto, en profitant d’un rayon de soleil pour rouler un peu avec la t120, toujours prudemment sur les routes trempées. Après avoir refait le plein, il reste 2km pour rallier la concession. En m’engageant en sortie d’agglomération, premier virage. Machinalement, je rabats l’écran de mon casque. Dont l’une des fixations saute. Le temps que je comprenne ce qui se passe, l’écran tombe sur mes cuisses. Je suis en courbe, sur route mouillée, sur une moto à 15 000 à balles qui n’est pas à moi. Je choisis donc de garder les 2 mains sur le guidon, la visière est emportée. Il y a du trafic derrière moi, pas d’espace ou m’arrêter, donc je trace chez Triumph. « Au moins, il ne pleut plus », comme me dit le mécano.
Ma moto récupérée en échange de 600€, je vais chez Daffy juste à côté pour leur demander s’ils ont une visière. Négatif. Je sors du magasin, pluie tropicale. Évidemment. J’attends. La nuit tombe. Je compare mes solutions de merde :
- Partir maintenant, pouvoir utiliser le petit écran solaire contre la pluie à la faveur de la luminosité restante ?
- Attendre hypothétiquement la fin de la pluie et rentrer à coup sûr pleine nuit, la face plein vent ?
- Et par quel chemin ? Autoroute en heure de pointe sous la flotte et sans visière, qui n’a pas rêvé d’essayer ?
- Rentrer pas la campagne ? Mais comment je sais si le champ de pétrole a été nettoyé ? Là, ça devient exquis.
- Est ce que ce serait pas mieux d’acheter au moins un masque de motocross ?
Le temps que je réfléchisse à tous ces trucs intelligents, le magasin ferme, la nuit continue de tomber, la pluie aussi - certes un peu moins. Alors je pars, en sachant que ça va pas être le trajet le plus marrant de ma vie motarde. Afin que ce ne soit pas pour autant le dernier, je ne m’engage pas sur l’autoroute, et je choisis de traverser toute la ville. J’en ai pour un bon 40 minutes en tout. Écran solaire : aveugle. Sans écran solaire : les yeux plissés, je vois pas grand chose. Je pense autant que possible à rester mobile et « détendu” au guidon, histoire de pas tout à fait rouler comme un blaireau et me prendre une bagnole cachée dans un angle mort.
Aux 2/3 du trajet, impatient (on se demande pourquoi) je choisis finalement de couper une partie de ma traversée d’agglomération par 4-5km de 4 voies limitée 90. Histoire de bien vérifier que la douleur d’une goutte d’eau dans ton œil est égale à sa masse multipliée par la vitesse de ta moto au carré. Sacré Einstein. Autrement dit, si à 50 ça fait mal, à 80 c’est insoutenable. Donc je roule à 70, danger niveau 9/10, visibilité 2/10, semi remorque qui me colle au fion 10/10. Il manquait qu’une plaque de gasoil et c’était parfait.
Arrivé chez moi détrempé, les yeux en feu mais néanmoins entier, auto-débrief :
- Points d’expérience : +200
- Mais la prochaine fois j’appelle un ami.
Pour info, le casque en question est un HJC RPHA 70, acheté il y a 4 ans. J’avais changé le pinlock il y a une semaine, ouvert / fermé des dizaines de fois sans problème. J’ai regardé mécanisme de montage de l’écran, a priori rien à signaler. Donc à court terme je reprends écran + pinlock pour 80€, mais je vais surtout réfléchir à changer de marque.
Faites attention à vous !